II. — Les marchands de petits moulins et les cris de Paris. Le commerce des moulins à vent était une des branches de la petite industrie parisienne, et, dans la plupart des recueils contenant la suite des cris de Paris, nous trouvons une marchande tenant à la vmain de longs bâtons où sont fixés 38 — des moulinets, et au-dessous de l’estampe on peut lire la légende : Pleurez, pleurez, petits enfants, Vous aurez des moulins à vent. Dans une jolie gravure de l’époque de Louis XV, nous voyons que la même marchande propose à sa clientèle, outre des moulinets à vent, des hochets en osier munis de sifflets, et il est fort probable que, dans Je vaste panier qu’elle porte au bras, elle tient en réserve d’autres jouets pour les enfants un peu plus grands. Comme il n’existait pas autrefois de corporation s’occupant spécialement de la fabrication des jouets d’enfants, cette industrie se trouvait naturellement répartie parmi les divers autres métiers. Les vanniers-quincailliers s’occupaient, par exemple, de la confection des hochets en osier dont le modèle est resté immuable et que nous retrouvons encore aujourd’hui dans la plupart des campagnes. Les maîtres tourneurs s’étaient réservé le soin de faire tous les objets pou- vant être façonnés sur le tour, et, dans les gravures qui représentent un artisan portant tous les produits et les instruments de sa profession, on voit que ces ouvriers fabriquaient, outre les quilles et les boules, de véritables joujoux, tels que des oiseaux, des chevaux et même des petits personnages. Stella n’a consacré que deux vers au jeu des moulins à vent, qui se trouve représenté sur la même planche que le jeu des épingles : Ce pendant que ces mignonnets. Mettent au vent leur moulinet.
Les petits moulins à vent ont été construits de bien des manières : tantôt c’est une sorte de croix perpendiculaire à l’axe du bâton; d’autres fois le moteur aérien affecte la forme des anciens télégraphes optiques dont les grands bras se voyaient encore, il y a quelque temps, au sommet des tours de la plupart des cathédrales, tant à Paris qu’en province. Un peu plus tard, le moulin à vent fut perfectionné; il devint un véritable édicule surmonté d’un toit à quatre grands pans, où l’on n’a eu garde d’oublier les girouettes. Les bras de ces moulins sont placés sur un axe perpendiculaire aux murailles de cet édifice en miniature. Vers 1820, Carle Vernet n’a pas dédaigné de représenter une marchande ambulante chargée de tambours, de parasols en papier et de moulins à vent surmontés de panaches en plumes de paon, et cet ornement présentait, paraît-il, pour les enfants un attrait tout particulier. Au milieu du dix-neuvième siècle, la fabrication des moulins à vent était encore une des spécialités de la Forêt-Noire. Toutefois, le Jura était devenu sous ce rapport un centre actif de production. Paris seul avait conservé les moulinets a girouette le monopole des moulins à vent en forme de d’après une caricature . . , .. . de la restauration. parasol en papier qu’on vendait par les rues.


